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Mais que vois-je ? Du chant des sirènes à la réalité des phocidés

06-06-2023 16:39

Aline Guignard

Cap Kayak,

Mais que vois-je ? Du chant des sirènes à la réalité des phocidés

Car petit à petit, à la lumière des dires d'Olivier, mon cerveau donne une interprétation toute nouvelle aux informations que mes yeux lui transmettent...

Dans les balbutiements d'un certain vendredi, nous pagayons vers le phare de Märket, qui se situe précisément sur la frontière entre la Suède et la Finlande. L'objectif bien en vue, celui-ci devant théoriquement grandir à chaque coup de pagaie mais semblant défier les lois de la physique, je m'arrête soudain dans mon élan. La pâle gauche de ma pagaie reste suspendue dans les airs. Surprise, elle esquive cette immobilité imposée en faisant ruisseler quelques gouttes d'eau le long de sa tranche inférieure, jusqu'à ce qu'un discret clapotis se fasse entendre. Mais à cet instant précis, cette percussion subtile est totalement ignorée de ma conscience, bien trop occupée à déterminer la provenance d'un autre bruit. Quoi que ce qui m'interpelle ne saurait être nommé ainsi. Mélodie. Chant. Complainte peut-être. Si faible, fragile ; à moins que ce ne soit mon audition qui faillisse ? Ou peut-être pire, ne l'aurais-je qu'imaginé ? Un coup d'oeil vers Olivier me rassure quant à l'inexactitude de cette dernière hypothèse. Lui aussi semble troublé. Nos regards s'unissent pour rejoindre le même horizon, celui qui naît de la différence. Devant nous, seules deux tâches bleues aux teintes légèrement dissemblables permettent l'existence de cet abstrait, de ce tracé inexistant. Car la Baltique nous entoure et un ciel dégagé nous chapeaute. Dans ce grand rien fait d'air et d'eau, quelque chose d’imperceptible à nos yeux produit un son. Ou alors serait-ce quelqu'un ? Dans ce contexte incertain, il est facile de laisser glisser l'imagination vers le fantastique. Et si des sirènes chantaient ? Olivier sort les jumelles. Rien.

Décidément rien.

Bon.

Poursuivons.

Et la pagaie plonge à nouveau, enfin, dans l'eau, nous propulsant jusqu'à Märket.

 

Un jour passe.…
 

Aux aurores du deuxième jour de notre séjour sur ce rocher atypique, nous prenons nos amis à témoin.

-Là, vous entendez ?

-Eh bien oui, c'est la colonie de phoques qui loge non loin et qui chante, comme chaque matin.
 

Un autre jour passe...

 

Lundi matin, lorsque nous chevauchons nos kayaks pour regagner la côte suédoise, nous sommes bien décidés à en avoir le coeur net et les yeux satisfaits. Un petit détour du côté de la mélodie. Attirés par ce chant séduisant comme... Un récif à peine émergé en vue, Olivier sort ses jumelles. Rien. Mince alors, mais où peuvent-ils bien être ? On dépasse le rocher et en découvrons un autre, un kilomètre plus au nord. On s'en approche, doucement, tendant l'oreille pour s'assurer que l'on ne se laisse pas mener par une chimère. Olivier observe.

- Ah oui, ils sont là.

Je prends à mon tour les jumelles en main, les visse sur mon nez. J'ai beau faire rouler la molette dans tous les sens...

-Zut, je n'arrive pas à les distinguer. Je vois bien des tâches, mais j'ai l'impression que ce n'est que la roche.

Olivier me reprend l'instrument.

- C'est normal que tu ne les distingues pas de la roche, vu que ce que tu vois, ce ne sont QUE des phoques. Il y en a tellement qu'on ne voit plus un bout de caillou !

- Quoi ??

Je reprends le binoculaire en main.

- Oh mon Dieu !!

Je viens de terminer la lecture de « L'éloge de la baleine », dans lequel l'auteur fait mention de cette phrase récurrente que l'on entend sur les vidéos amateurs de ceux qui rencontrent les cétacés : « Oh, my God. » Je n'ai pas pu m'en empêcher, c'est sorti tout seul, assénant un coup massif de normalité dans l'expression de mes émotions qui me semblaient pourtant si uniques. Mais peu importe, oh mon Dieu ! C'est énooooorme ! Car petit à petit, à la lumière des dires d'Olivier, mon cerveau donne une interprétation toute nouvelle aux informations que mes yeux lui transmettent. Les grosses taches prennent vie, obtiennent un corps, une tête, une queue, une identité. Une masse de phoques, enchevêtrés les uns dans les autres. Seule la différence d'épiderme, gris, tacheté, sombre ou clair, permet l'identification des pièces de ce puzzle vivant. Je demeure subjuguée tant par le spectacle que par le fait que l'on peut voir sans voir. Voir sans percevoir. Voir erronément.
 

Combien de fois la réalité s'est jouée de ma vision ? Combien de fois ma réalité n'était qu'erreur de perception ?

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Mais pour l'heure, le spectacle s'anime. Les phoques, les uns après les autres, mus assurément par leur curiosité caractéristique, se propulsent par reptation par bonds jusqu'à atteindre l'eau et générer une farandole d'éclaboussements proportionnels à la masse de leurs corps. Comme une réaction en chaîne que l'on ne peut arrêter, l'île se vide. Ne reste qu'un spécimen, perché sur la roche, dont on distingue maintenant la forme. A l'eau, trois groupes se forment. Deux d'entre eux viennent pour ainsi dire nous encercler, alors qu'un troisième s'en va au loin. Des dizaines et des dizaines d'immenses paires de perles sombres nous observent attentivement. Leur nombre et leur taille en imposent. Soudain je me sens bien vulnérable. Petite créature qui pourrait en un rien de temps se retourner si ces princes des mers venaient à nous explorer d'un peu trop près.

-Mmmm, Olivier, on s'en va ?

Je me sens fébrile, comme lorsque l'adrénaline retombe après un évènement stressant. Ce n'est toutefois pas le danger qui est à l'origine ici de cet état, mais bien l'émotion saisissante qui s'est infiltrée jusque dans mes tréfonds. C'est en silence que nous reprenons notre route, impact d'une telle rencontre. Bercée entre bouleversement et béatitude, je mesure la chance d'avoir pu assister à cette scène de vie et d'avoir découvert une dimension nouvelle dans la beauté de l'expression de la nature. D'avoir côtoyé, l'histoire d'un instant, ces êtres fascinants qui vivent non loin de nous sans que nous ne nous en rendions compte.
 

Combien de réalités vivent à mes côtés dont j'ignore l'existence ? / AG

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